Il y a ce jour où ton bébé, celui qui semblait encore minuscule la veille, lâche le canapé, hésite… et fait deux petits pas tout seul. Ton cœur s’arrête une seconde, tu retiens ton souffle, puis tu applaudis comme si tu venais d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Les premiers pas, c’est ça : une immense fierté, un peu de peur, beaucoup d’émotion… et parfois quelques questions angoissées en arrière-plan.
À quel âge « doit-il » marcher ? Est-ce normal qu’il préfère encore se déplacer à quatre pattes ? Comment l’aider sans trop en faire ? On va démêler tout ça ensemble, avec bienveillance, sans pression, et avec une idée en tête : chaque bébé a son rythme, et c’est très bien comme ça.
À quel âge bébé fait-il ses premiers pas ?
On entend souvent : « Il a marché à 11 mois, c’est un futur champion ! » ou « La mienne n’a marché qu’à 15 mois… elle était en retard. » La vérité, c’est que la marche n’est pas un examen scolaire avec une date limite.
En moyenne, les premiers pas autonomes apparaissent entre 12 et 18 mois. Mais la zone de normalité est large, et de nombreux enfants marcheront un peu avant ou un peu après sans que ce soit inquiétant.
Quelques repères (à prendre comme de simples indications, pas comme des obligations) :
Certains marcheront à 10 mois, d’autres à 19 mois. Ce qui compte, ce n’est pas l’âge précis, mais l’évolution globale : est-ce que ton enfant progresse à son rythme ? Est-ce qu’il essaye, expérimente, se renforce ?
Beaucoup de facteurs entrent en jeu :
Et non, un bébé qui marche plus tôt n’est pas forcément « plus en avance » au sens global. La marche est une étape parmi d’autres, pas un classement.
Avant de marcher : les grandes étapes motrices
Les premiers pas ne surgissent pas par magie. Ils sont le résultat de tout un chemin, souvent discret, que bébé parcourt depuis sa naissance. Comprendre ce chemin permet de mieux apprécier les « petites » victoires du quotidien.
Les grandes étapes, souvent observées (mais pas toujours dans cet ordre strict) :
Chaque étape est un entraînement discret à la marche. Laisser à bébé le temps et l’espace de vivre ces phases, c’est déjà l’accompagner vers ses premiers pas.
Comment accompagner bébé vers la marche au quotidien ?
Tu n’as pas besoin de transformer ton salon en salle de kiné. De petits ajustements dans le quotidien peuvent soutenir naturellement l’envie de bouger de ton enfant.
Quelques pistes simples :
Et si tu te surprends à vouloir le tenir constamment par les mains pour le « faire marcher », demande-toi : est-ce que c’est lui qui a envie de bouger comme ça, ou moi qui suis pressée de le voir marcher ? L’accompagner, ce n’est pas le faire à sa place.
Faut-il s’inquiéter si bébé ne marche pas encore ?
La comparaison est souvent le pire ennemi de la sérénité parentale. Au parc, chez la nounou, sur les réseaux… on voit des enfants du même âge déjà bien lancés, pendant que le nôtre préfère tranquillement ramper ou se déplacer assis.
Dans la grande majorité des cas, un bébé qui ne marche pas encore à 15, 16 ou 17 mois n’a aucun problème. Il suit simplement son tempo. Certains enfants observateurs, prudents, attendent de se sentir vraiment prêts. Quand ils s’y mettent, ils marchent parfois très vite et très bien, presque du jour au lendemain.
Il peut être utile de consulter ton pédiatre ou un professionnel de santé si :
Dans ces cas-là, l’idée n’est pas de dramatiser, mais de vérifier, de comprendre, parfois de mettre en place quelques séances de psychomotricité ou de kiné. Se faire accompagner peut aussi apaiser ton propre stress.
En dehors de ces signaux, la meilleure chose à faire reste souvent… d’attendre, d’observer, de faire confiance. Plus facile à dire qu’à vivre, je sais. Mais la marche finit par arriver chez la grande majorité des enfants en bonne santé.
Chaussures, trotteur & co : démêler le vrai du faux
Autour de la marche, beaucoup d’idées reçues circulent. Certaines sont simplement dépassées, d’autres franchement fausses… voire dangereuses.
Quelques points importants :
Les chaussures
Le trotteur (youpala)
Les « chariots de marche » ou pousseurs
En résumé : moins on « enferme » le corps de bébé dans des dispositifs, plus on lui permet d’expérimenter librement, mieux c’est pour sa motricité.
Accepter les chutes (et apprivoiser sa propre peur)
Qui dit premiers pas, dit premières chutes. Ton enfant va tomber. Souvent. Sur les fesses, parfois sur le côté, parfois en avant. Et ton réflexe de parent sera de bondir comme un ninja pour le rattraper à chaque fois.
Ton envie de le protéger est belle, mais apprendre à tomber fait aussi partie de l’apprentissage de la marche. Quelques pistes pour trouver l’équilibre :
Avec le temps, tu verras qu’il tombe mieux, qu’il anticipe, qu’il pose les mains, qu’il plie les genoux. C’est son petit « cours de judo » naturel.
Une grande étape motrice… et émotionnelle
Quand ton enfant commence à marcher, ce n’est pas seulement son équilibre qui change : c’est toute votre organisation familiale, et parfois ton cœur de parent qui se serre un peu.
Tout à coup, il n’est plus là où tu l’as posé. Il ouvre les placards, attrape les objets sur la table, file vers la porte. Il gagne en autonomie, et toi, tu gagnes… en nombre de tours de cuisine par jour.
Mais au-delà de la logistique (et du nouveau sport « courir après mon enfant »), la marche symbolise aussi une forme de détachement. Ton bébé s’éloigne un peu, au sens propre. Il n’a plus besoin de tes bras pour explorer le monde.
Tu peux ressentir :
Toutes ces émotions sont normales. Tu as le droit d’être émue, nostalgique, épuisée et heureuse en même temps. Être parent, c’est souvent additionner les sentiments plutôt que les choisir.
Tu peux aussi transformer cette étape en petit rituel familial :
Ce sont ces petits souvenirs qui, plus tard, te rappelleront à quel point cette période était intense, parfois épuisante, mais si précieuse.
Et si on lâchait un peu la pression ?
On vit dans une société qui adore les « repères d’âge », les courbes, les pourcentages, les « en avance » et « en retard ». Or, le corps de ton enfant n’a pas lu les manuels. Il suit son propre calendrier, influencé par son histoire, son caractère, son environnement.
Accompagner la marche de ton bébé, c’est :
Un jour, sans prévenir, il se lâchera. Peut-être pour rejoindre ton sourire, un ballon un peu trop loin, ou le chat de la maison. Tu le verras tanguer, vaciller, puis avancer. Et tu te diras peut-être : « Finalement, il a marché exactement au bon moment… le sien. »




