Il y a ce jour où ton bébé, celui qui semblait encore minuscule la veille, lâche le canapé, hésite… et fait deux petits pas tout seul. Ton cœur s’arrête une seconde, tu retiens ton souffle, puis tu applaudis comme si tu venais d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques. Les premiers pas, c’est ça : une immense fierté, un peu de peur, beaucoup d’émotion… et parfois quelques questions angoissées en arrière-plan.

À quel âge « doit-il » marcher ? Est-ce normal qu’il préfère encore se déplacer à quatre pattes ? Comment l’aider sans trop en faire ? On va démêler tout ça ensemble, avec bienveillance, sans pression, et avec une idée en tête : chaque bébé a son rythme, et c’est très bien comme ça.

À quel âge bébé fait-il ses premiers pas ?

On entend souvent : « Il a marché à 11 mois, c’est un futur champion ! » ou « La mienne n’a marché qu’à 15 mois… elle était en retard. » La vérité, c’est que la marche n’est pas un examen scolaire avec une date limite.

En moyenne, les premiers pas autonomes apparaissent entre 12 et 18 mois. Mais la zone de normalité est large, et de nombreux enfants marcheront un peu avant ou un peu après sans que ce soit inquiétant.

Quelques repères (à prendre comme de simples indications, pas comme des obligations) :

  • Entre 9 et 12 mois : bébé se met debout en s’aidant des meubles, commence à se hisser, adore « tester ses jambes » dans les bras de l’adulte.
  • Entre 10 et 15 mois : il se déplace souvent en s’agrippant aux meubles (le fameux « cruising »), pousse des objets, fait quelques pas avec les mains tenues.
  • Entre 12 et 18 mois : les premiers vrais pas sans soutien, parfois d’abord 2 ou 3, puis une marche encore hésitante mais de plus en plus assurée.
  • Certains marcheront à 10 mois, d’autres à 19 mois. Ce qui compte, ce n’est pas l’âge précis, mais l’évolution globale : est-ce que ton enfant progresse à son rythme ? Est-ce qu’il essaye, expérimente, se renforce ?

    Beaucoup de facteurs entrent en jeu :

  • Le tempérament : certains bébés sont prudents, d’autres fonceurs.
  • Le poids et la morphologie : un gros gabarit peut avoir besoin d’un peu plus de temps pour maîtriser son équilibre.
  • La motivation : un bébé très à l’aise au sol peut prolonger volontiers la phase « quatre pattes » parce qu’elle lui convient très bien.
  • L’environnement : espace disponible, liberté de mouvements, type de sol, etc.
  • Et non, un bébé qui marche plus tôt n’est pas forcément « plus en avance » au sens global. La marche est une étape parmi d’autres, pas un classement.

    Avant de marcher : les grandes étapes motrices

    Les premiers pas ne surgissent pas par magie. Ils sont le résultat de tout un chemin, souvent discret, que bébé parcourt depuis sa naissance. Comprendre ce chemin permet de mieux apprécier les « petites » victoires du quotidien.

    Les grandes étapes, souvent observées (mais pas toujours dans cet ordre strict) :

  • Le contrôle de la tête : bébé la tient de mieux en mieux, ce qui lui permet ensuite de gérer son équilibre global.
  • Se retourner : du dos au ventre, puis du ventre au dos, il explore ses appuis, découvre la rotation du corps.
  • La position assise : d’abord maintenu, puis assis tout seul, bébé affine sa posture et ses muscles du dos.
  • Le quatre pattes (ou d’autres formes de déplacement) : certains rampent, d’autres font du « fesses sauteurs », d’autres combinent un peu tout. Peu importe la technique : il expérimente, renforce ses muscles, affine sa coordination.
  • Se mettre debout : il se hisse aux meubles, au parc, à tes jambes. Il découvre le monde vu d’en haut… et ça lui plaît beaucoup.
  • Se déplacer en s’agrippant (cruising) : il longe le canapé, avance latéralement, tourne parfois autour de la table basse. C’est une étape clé pour l’équilibre.
  • Lâcher une main, puis les deux : il fait quelques pas entre deux appuis, se laisse tomber, recommence… jusqu’au fameux déclic.
  • Chaque étape est un entraînement discret à la marche. Laisser à bébé le temps et l’espace de vivre ces phases, c’est déjà l’accompagner vers ses premiers pas.

    Comment accompagner bébé vers la marche au quotidien ?

    Tu n’as pas besoin de transformer ton salon en salle de kiné. De petits ajustements dans le quotidien peuvent soutenir naturellement l’envie de bouger de ton enfant.

    Quelques pistes simples :

  • Laisser le plus possible bébé libre de ses mouvements. Évite de le laisser de longues périodes dans des dispositifs qui limitent ses mouvements (transat, siège auto hors trajets, balance, etc.). Au sol, sur un tapis ferme et sécurisant, il explore à son rythme.
  • Le laisser pieds nus à la maison. Les pieds nus (ou en chaussettes antidérapantes) permettent de mieux agripper le sol, d’affiner l’équilibre, d’envoyer au cerveau plein d’informations sensorielles utiles.
  • Aménager un environnement sécurisant mais stimulant. Un tapis au sol, quelques meubles stables sur lesquels se hisser, des objets à atteindre, un petit tunnel ou un carton pour ramper… Pas besoin de mille jouets, juste un espace où il peut explorer.
  • Proposer, sans forcer. Tu peux tendre les mains pour l’encourager à venir vers toi, te mettre à sa hauteur, l’appeler en souriant, reculer d’un pas. S’il refuse ou se remet à quatre pattes, ce n’est pas un échec, juste un choix du moment.
  • Favoriser les jeux d’équilibre. Assis sur un gros coussin, debout avec un ballon entre lui et toi, danser avec lui dans les bras, puis le poser… Tous ces petits jeux nourrissent son sens de l’équilibre.
  • Valoriser ses efforts plutôt que la performance. « Tu as essayé ! », « Tu t’es relevé tout seul, bravo ! » vaut mieux que « Tu ne marches toujours pas ? ». Il a besoin de sentir qu’il est encouragé, pas évalué.
  • Et si tu te surprends à vouloir le tenir constamment par les mains pour le « faire marcher », demande-toi : est-ce que c’est lui qui a envie de bouger comme ça, ou moi qui suis pressée de le voir marcher ? L’accompagner, ce n’est pas le faire à sa place.

    Faut-il s’inquiéter si bébé ne marche pas encore ?

    La comparaison est souvent le pire ennemi de la sérénité parentale. Au parc, chez la nounou, sur les réseaux… on voit des enfants du même âge déjà bien lancés, pendant que le nôtre préfère tranquillement ramper ou se déplacer assis.

    Dans la grande majorité des cas, un bébé qui ne marche pas encore à 15, 16 ou 17 mois n’a aucun problème. Il suit simplement son tempo. Certains enfants observateurs, prudents, attendent de se sentir vraiment prêts. Quand ils s’y mettent, ils marchent parfois très vite et très bien, presque du jour au lendemain.

    Il peut être utile de consulter ton pédiatre ou un professionnel de santé si :

  • Ton enfant ne se met pas du tout debout en s’agrippant aux meubles autour de 15–16 mois.
  • Il ne cherche pas à se déplacer d’une manière ou d’une autre (ramper, se tortiller, se glisser sur les fesses…), et ce depuis plusieurs mois.
  • Tu remarques une asymétrie nette : il utilise toujours le même côté, ne pose pas une jambe, semble douloureux.
  • Tu as un vrai sentiment d’inquiétude ou qu’intuitivement quelque chose te semble « bizarre » dans sa façon de bouger.
  • Dans ces cas-là, l’idée n’est pas de dramatiser, mais de vérifier, de comprendre, parfois de mettre en place quelques séances de psychomotricité ou de kiné. Se faire accompagner peut aussi apaiser ton propre stress.

    En dehors de ces signaux, la meilleure chose à faire reste souvent… d’attendre, d’observer, de faire confiance. Plus facile à dire qu’à vivre, je sais. Mais la marche finit par arriver chez la grande majorité des enfants en bonne santé.

    Chaussures, trotteur & co : démêler le vrai du faux

    Autour de la marche, beaucoup d’idées reçues circulent. Certaines sont simplement dépassées, d’autres franchement fausses… voire dangereuses.

    Quelques points importants :

    Les chaussures

  • Pour apprendre à marcher, rien ne vaut les pieds nus ou, si le sol est froid, les chaussettes antidérapantes.
  • Les chaussures sont utiles surtout pour protéger les pieds à l’extérieur (froid, chocs, sol irrégulier).
  • Privilégie des chaussures souples, légères, avec une semelle flexible qui permet le déroulé du pied.
  • Évite les modèles trop rigides, très montants ou « orthopédiques » s’il n’y a pas de recommandation médicale : ils peuvent gêner les mouvements naturels.
  • Le trotteur (youpala)

  • Non, le trotteur n’aide pas à marcher plus vite. Les études montrent même qu’il peut retarder certaines acquisitions motrices.
  • Il modifie la posture naturelle, met beaucoup de poids sur les hanches et les jambes alors que le tronc n’est pas forcément prêt.
  • Il présente aussi un vrai risque d’accidents (escaliers, chutes, collisions).
  • Les pédiatres et spécialistes de la motricité déconseillent son usage.
  • Les « chariots de marche » ou pousseurs

  • Ils peuvent être intéressants, à condition que bébé tienne déjà bien debout et ait un bon tonus.
  • Choisis un modèle stable, assez lourd pour ne pas partir trop vite, et reste toujours à proximité.
  • Ce n’est pas indispensable : un simple carton ou une chaise solide que bébé pousse peuvent remplir le même rôle.
  • En résumé : moins on « enferme » le corps de bébé dans des dispositifs, plus on lui permet d’expérimenter librement, mieux c’est pour sa motricité.

    Accepter les chutes (et apprivoiser sa propre peur)

    Qui dit premiers pas, dit premières chutes. Ton enfant va tomber. Souvent. Sur les fesses, parfois sur le côté, parfois en avant. Et ton réflexe de parent sera de bondir comme un ninja pour le rattraper à chaque fois.

    Ton envie de le protéger est belle, mais apprendre à tomber fait aussi partie de l’apprentissage de la marche. Quelques pistes pour trouver l’équilibre :

  • Sécuriser au mieux l’environnement : coins de table protégés, escaliers bloqués, tapis au sol pour amortir, objets lourds rangés.
  • Rester proche mais ne pas intervenir à chaque micro-chute. Observe d’abord : se relève-t-il seul ? Est-il vraiment en difficulté ou juste surpris ?
  • Garder un ton calme. Si à chaque chute, tu cries ou tu te précipites affolée, il va plus vite avoir peur… de ta peur que de la chute en elle-même.
  • Nommer ce qu’il vit : « Tu es tombé, tu as eu peur ? Tu t’es fait un petit bobo ? Viens dans mes bras. » Tu accueilles l’émotion sans dramatiser.
  • Avec le temps, tu verras qu’il tombe mieux, qu’il anticipe, qu’il pose les mains, qu’il plie les genoux. C’est son petit « cours de judo » naturel.

    Une grande étape motrice… et émotionnelle

    Quand ton enfant commence à marcher, ce n’est pas seulement son équilibre qui change : c’est toute votre organisation familiale, et parfois ton cœur de parent qui se serre un peu.

    Tout à coup, il n’est plus là où tu l’as posé. Il ouvre les placards, attrape les objets sur la table, file vers la porte. Il gagne en autonomie, et toi, tu gagnes… en nombre de tours de cuisine par jour.

    Mais au-delà de la logistique (et du nouveau sport « courir après mon enfant »), la marche symbolise aussi une forme de détachement. Ton bébé s’éloigne un peu, au sens propre. Il n’a plus besoin de tes bras pour explorer le monde.

    Tu peux ressentir :

  • Une immense fierté : « C’est mon bébé, regardez comme il marche ! »
  • Un petit pincement au cœur : « Il grandit si vite… »
  • Un regain de fatigue : « Je ne m’assois plus jamais, en fait. »
  • Un peu d’angoisse : « Et s’il tombe ? Et s’il se loupe dans les escaliers ? »
  • Toutes ces émotions sont normales. Tu as le droit d’être émue, nostalgique, épuisée et heureuse en même temps. Être parent, c’est souvent additionner les sentiments plutôt que les choisir.

    Tu peux aussi transformer cette étape en petit rituel familial :

  • Filmer ses premiers pas (ou les premiers dont tu es témoin… parfois ils choisissent de marcher pour la première fois chez la nounou !).
  • Raconter l’histoire de ce jour-là dans un carnet ou un album.
  • Garder une petite photo de ses premiers chaussons ou chaussures d’extérieur.
  • Ce sont ces petits souvenirs qui, plus tard, te rappelleront à quel point cette période était intense, parfois épuisante, mais si précieuse.

    Et si on lâchait un peu la pression ?

    On vit dans une société qui adore les « repères d’âge », les courbes, les pourcentages, les « en avance » et « en retard ». Or, le corps de ton enfant n’a pas lu les manuels. Il suit son propre calendrier, influencé par son histoire, son caractère, son environnement.

    Accompagner la marche de ton bébé, c’est :

  • Lui offrir un espace où il peut bouger librement et en sécurité.
  • Observer ses progrès, mêmes minuscules, et les célébrer.
  • Accepter ses phases de pause, ses retours au quatre pattes, ses hésitations.
  • Demander de l’aide à un professionnel quand un vrai doute persiste, plutôt que de ruminer seule.
  • Te rappeler que ta valeur de parent ne se mesure pas à l’âge des premiers pas de ton enfant.
  • Un jour, sans prévenir, il se lâchera. Peut-être pour rejoindre ton sourire, un ballon un peu trop loin, ou le chat de la maison. Tu le verras tanguer, vaciller, puis avancer. Et tu te diras peut-être : « Finalement, il a marché exactement au bon moment… le sien. »

    Exit mobile version